Extrait du chapitre 3 de La Reine de Velours, La Reine de Fer et l'Homme de Feu.
- gwendolinehelier
- 1 oct. 2022
- 2 min de lecture
Encore et toujours; je pense à Ayat ; et je crois qu’elle serait fière de moi. Nous aurions dû fêter mes 15 ans ensemble… Mais elle est partie avant. Telle est la vie qu’une princesse doit mener… Partir, et se marier, avoir des enfants avec un homme qui pourrait être un père, qu’on connaît à peine mais à qui on est destinée depuis l’enfance, être un objet que l’on échange contre deux bouts de terrains, et quelques piècettes.
Je pense à la vie qu’on aurait pu mener ensemble, si les choses avaient été différentes… Nous nous serions installées ensemble dans un petit village reculé. Bien sûr, au début les gens auraient jasé, n’auraient peut-être même pas voulu nous adresser la parole. Puis ils auraient appris à la connaître, ma douce, et si rayonnante, et ils se seraient ouvert, petit à petit. Nous aurions eu deux ou trois chèvres, un cochon, peut-être un chien qui nous aurait tenu compagnie, le soir, devant l’âtre de la cheminée et Ayat aurait continué de m’apprendre à lire, et nous aurions pu nous raconter des histoires à la nuit tombée. Adopter des enfants, des enfants comme moi, des enfants de personne, et nous leur aurions lu des histoires à eux aussi.
Mon cœur se serre. Rien ne sera jamais comme nous l’avions imaginé cent fois, cent versions alternatives de nos vies, où je n’aurais pas été sa domestique mais une amie d’enfance, une voisine, une fille normale et elle aussi.
Ma vie nous a rassemblées, puis la sienne nous aura séparées. Je m’imagine à quoi elle devrait ressembler aujourd’hui. Elle a fêté ses 17 ans, elle doit être couverte de parures, se taire en public… Mon amour, si seule parmi la foule de nobliaux qui te regardent mais ne te voient pas, qui te sourient en connaissant à peine ton nom, qui te charment pour obtenir les faveurs de ton mari, et cet homme qui souille ton corps dans l’espoir que tu lui donnes un garçon…

Commentaires